Histoires

Existent t-ils des passerelles entre l’art et la thérapie ?

L’art-thérapie n’est pas de l’art psychopathologique. L’art psychopathologique existe grâce à la culture psychiatrique. Jean-Luc Sudres s’interroge sur la possibilité de catégoriser un art des fous, d’identifier une pathologie d’après une œuvre. Son avis est mitigé. Il laisse entendre qu’avec beaucoup d’expérience, le praticien entrevoit des grands groupes de styles, thèmes, couleurs, formes qui reviennent. Deux systèmes référentiels sont utilisés pour illuminer ce propos. Premièrement, les travaux de Granier, Girard et Escande datant de 1984 et ceux de Steiner et Moralès de 1997 qui analysent le style du processus créateur dans les différentes pathologies. Et deuxièmement, un autre outil réunissant des dessins standardisés et classifiés (Cohen , 1988). Cependant, Jean-Luc Sudres conseille d’être prudent quant à l’utilisation de ces classifications et de ne pas tomber dans la catégorisation systèmatique, l’œuvre et l’artiste n’ayant de sens que dans une relation inter et intra-subjective.

Au début du xxe siècle, des psychiatres étudient les productions des personnes internées dans les hôpitaux psychiatriques, ils en dégagent une catégorie qu’ils nomment « art psychopathologique ». Parmi les premiers à s’intéresser à l’expression de la pathologie mentale à travers l’art, on peut citer Marcel Reja (1873-1957) qui, en 1901, publie L’art malade: dessins de fous, puis le livre L’art des fous en 1907.

Walter Morgenthaler, médecin, publie en 1921 A Psychiatric Patient as Artist, un livre de référence sur l’art psychopathologique. En 1922, il publie une monographie d’Adolf Wölfi, patient qui a réalisé une très grande quantité de dessins et collages.

En 1922, Hanz Prinzhorn publie l’ouvrage Expression de la folie. Dessin, peinture, sculpture d’asile dans lequel il étudie des productions (cinq mille dessins) de patients hospitalisés en psychiatrie. Son approche est basée sur la Gestaltung, la psychologie de la mise en forme.

En 1950 a lieu la première exposition internationale d’art psychopathologique à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, à l’occasion du premier congrès mondial de psychiatrie. Y sont exposées 2 000 œuvres plastiques (dessins et peintures) créées par 350 malades mentaux.

En 1955 paraît le livre L’Art psychopathologique de Robert Volmat consacré à l’exposition de 1950. Il fonde avec Jean Delay la société internationale de psychopathologie de l’expression (celle-ci existe encore sous le nom de Société internationale de psychopathologie de l’expression et d’art-thérapie. Celle-ci donnera naissance en 1964 à la société française de psychopathologie de l’expression sous la présidence du docteur Gaston Ferdière qui existe encore sous le nom de Société française de psychopathologie de l’expression et d’art-thérapie.

Puis notons des mouvements artistiques tels que l’art brut avec Jean Dubuffet, artiste plasticien, il découvre les productions de personnes internées en hôpital psychiatrique et se passionne pour ce type de création qu’il nommera l’art brut dans les années 1940. Il organisera tout au long de sa vie de nombreuses expositions de productions issues de ce courant qu’il a contribué à faire connaitre. Et les surréalistes avec André Breton, chef de file des surréalistes, il s’est intéressé à l’expression de l’inconscient à travers la création artistique et s’est à ce titre intéressé aux publications de Marcel Reja, Hanz Prinzhorn et W.Morgenthaler. Avec ses amis surréalistes, il expérimentera diverses techniques permettant, d’après eux, de faire parler l’inconscient à travers la création, notamment l’écriture automatique ou la peinture. Jean Dubuffet et André Breton feront partie des fondateurs de l’association loi de 1901 la Compagnie de l’art brut en 1948.

Ceci contribue à la reconnaissance d’un art hors les normes en dehors des normes académiques et des circuits habituels de l’art, ainsi que des liens entre création artistique et expression de l’inconscient…

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